Montagne Pelée

La Montagne Pelée

Aussi majestueuse qu'angoissante, la Montagne Pelée domine l'île de la Martinique depuis ses 1397 mètres d'altitude. Souvent prise dans un épais brouillard, la Montagne Pelée se repère de loin. Situé au nord de l'île, le vieux volcan a rythmé l'histoire de la Martinique. Une histoire qui, comme toutes les îles volcanique se conjugue aussi au présent. Aussi surveillée que sa voisine la Soufrière de Guadeloupe, chacun de ses souffles est scruté avec la plus grande attention par les spécialistes basés à quelques encablures là à l'observatoire du Morne des Cadets.

Au fur et à mesure de son ascension, la végétation change avec l'altitude. Si au niveau de la mer, elle est à l'image du climat caribéen, à 1397 mètres où les températures descendent régulièrement sous les 10°C et la pluviométrie avoisine les 10 000mm par an.

Véritable attraction, de plus en plus de touristes se lancent à son ascension. Une rando devenue incontournable pour nombre de marcheurs. Depuis Morne Rouge, Ajoupa Bouillon, Grand'Rivière, le Prêcheur ou Macouba les départs de randonnées sont nombreux et les difficultés diffèrent d'un sentier à l'autre. Seule constante, l'anticipation car, comme nous l'avons vu plus haut entre la moyenne de 25° au départ de la ballade et les températures beaucoup plus basse en altitude, mieux vaut être correctement équipé.

La Montagne Pelée et sa Forêt d'Exception

Le terme de Forêt d'Exception est un label crée il y a une dizaine d'années par l'Office National des Forêts. La Montagne Pelée et Pitons du Carbets qui la jouxtent se sont vu labelliser Forêt d'exception. Un label qui vient reconnaître un patrimoine géologique exceptionnel ainsi que la grande diversité biologique et les nombreuses espèces endémiques qui y poussent et y évoluent.

Ce sont ainsi 9300 hectares soit 5,6% de la superficie de la Martinique et 58% du domaine forestier public de l'île qui sont protégés par ce label.

La qualité environnementale de cette zone ne fait aucun doute et d'ailleurs, 91% de l'eau potable consommée en Martinique provient de ses rivières. Ces forêts du nord de l'île, classées Réserve Biologique Intégrale font l'objet de toutes les attentions, tant par les collectivités locales que par les agents et gardiens de l'ONF qui veillent sur cette biodiversité unique au monde.

Ces massifs forestiers font référence dans la qualité des soins et de la gestion durable de ces forêts. Véritables enjeux de maintient et de préservation d'un écosystème remarquable, l'économie sylvicole du nord de la Martinique y est aussi dynamique que raisonnée. La sylviculture s'établit essentiellement autour de la culture d'un précieux le Mahogany.

Cette labellisation de Forêt d'Exception a aussi permis la mise en œuvre de politiques pédagogiques tant à l'égard des adultes que des enfants et des touristes.

Cette forêt humide à flanc de volcan a su s'adapter et résister aux assauts climatiques les plus violents.

Occupées depuis la nuit des temps par les Amérindiens, ces forêts tropicales représentaient, outre un garde manger d'une grande diversité et d'une richesse considérable, un vivier exceptionnel de matériaux tant pour la construction des pirogues que pour celle des armes. C'est aussi en leur sein qu'est née la culture Créole. Elle servait alors de « planque » aux Nègres Marrons (esclaves échappés des exploitations).

Aussi qualifiée de Forêt des Nuages, elle est l'objet de nombreuses croyances populaires qui rythment la vie des martiniquais les plus superstitieux.

La Montagne Pelée, un volcan actif sous haute surveillance

L'activité sismologique de la Montagne Pelée, et de la Martinique sont étroitement surveillées par l'Observatoire Volcanologique et Sismologique de Martinique situé au Morne des Cadets. Crée en 1902 par Alfred Lacroix suite à l'irruption qui venait de dévaster la ville de Saint Pierre, l'Observatoire, propriété de la Collectivité Territoriale de la Martinique fait partie intégrante de L'institut de Physique du Globe de Paris.

Les scientifiques de l'observatoire viennent d'emménager dans de nouveaux locaux modernes et flambant neuf à deux kilomètres seulement en contrebas de leurs anciens locaux. La vieille bâtisse, construite en 1932, classée au titre des Monuments historiques ne répondait plus aux normes actuelles. La nouvelle structure, répondant aux normes parasismiques a des allures de soucoupe volante juchée ses pilotis arrimés au Morne. Ses larges façades vitrées offrent un point de vue à 360°. En plus de sa vocations d'observation volcanologique et sismologique elle fait maintenant parti du réseau de surveillance tsunamologique.

La Montagne Pelée et le village de Saint Pierre

Si, durant des décennies, les Pierrotains ont scruté la Pelée avec angoisse, aujourd'hui, la ville s'étire sereinement aux pieds de la Montagne. Si le monde entier a entendu parler de cette petite ville intégralement rayée de la carte en ce triste matin du 8 mai 1902, peu savent en revanche combien la ville était prospère avec ses rues pavées, son réseau d'éclairage électrique urbain, son réseau d'eau courante potable, le téléphone, le télégraphe, son théâtre de 800 places, son hôpital. Surnommée le Petit Paris, tant pour l'élégance de ces dames qui dynamisent les nombreux commerces locaux, que ses activités et sa vie culturelle très riche, Saint Pierre s'enorgueillit aussi de vaste port qui accueille des navires du monde entier. La ville compte aussi 6 consulats, quinze médecins, une fonderie, une tonnellerie mécanique....

La ville prospère aussi grâce à ses sucreries, au dynamisme de sa chambre de commerce et à l'ambition des instances politiques qui y résident. Capitale économique et culturelle de la Martinique, Saint Pierre a été rasée de la carte sous les assauts de la Montagne Pelée.

Quand la Montagne Pelée a fait de Saint Pierre une ville martyre

Peut-être un peu trop sûrs de leur suprématie sur la nature environnante, les Pierrotains n'ont pas voulu tenir compte des avertissements lancés par la Montagne Pelée dés le début du mois d'avril 1902 où le volcan laissa échapper d'épaisses fumerolles depuis son sommet. Quelques jours plus tard, le 23 avril plus précisément, des grondements souterrains se firent entendre avant que le 25, la Montagne ne laisse s'échapper un épais nuage de cendres et de roches.

Le dimanche 27, au matin du premier tour des élections législatives, la ville une odeur pestilentielle de souffre enveloppa la ville. Vendredi 2 mai, le soleil disparaît derrière l'imposante colonne de fumées noires qui s'échappent du sommet de la Pelée, la terre tremble et les grondements assourdissants. Certains habitants décident de quitter la ville craignant une éruption dévastatrice. Le désordre s'installe à Saint Pierre entre les partisans de l'évacuation de la ville et les politiques et autres notables bien décidés à remporter le second de l'élection législative.

Dimanche 4 Mai, les pluies de cendres s'intensifient, les routes du nord laissent apparaître de larges crevasses et ce sont des torrents de boues qui dévalent les ravines ouvertes. Dés le lendemain, ce sont les serpents qui envahissent les rues et les maisons. Les fers de lance qui ont fui leur habitat naturel font des dizaines de morts. Les coulées de boues brûlantes commencent à envahir les quartiers périphériques, puis, soudain, la mer se retire de 100 mètres vers le large avant de revenir dans un puissant tsunami qui noie le port et le bas de la capitale.

En ce lundi 5 mai et en dépit de cette chronique d'une mort annoncée, les autorités, qui s'attachent à minimiser les événements, se refusent toujours à lancer un ordre d'évacuation de la ville, le second tour des élections étant fixé au dimanche suivant le 11 mai.

Le jeudi 8 mai au matin, Saint Pierre sera définitivement rayée de la carte. En début de matinée, une nuée ardente de plus de 1 000° dévale les pentes du volcan à prés de 700km/h. Ce sont prés de 30 000 personnes qui sont tuées en quelques instants et 40 navires détruits dans la rade. Pompéi des temps modernes, Saint Pierre se trouve à tout jamais figé sous un épais tapis de cendres incandescentes. Seuls deux hommes échapperont à ce désastre : le prisonnier Louis Auguste Cyparis et le cordonnier Léon Compère-Léandre, sauvés par les murs épais de leur geôle ou de leur atelier.

Les quelques bâtiments encore debout eurent leur coup de grâce mardi 20 mai avec une seconde éruption.

Ravagée, anéantie, pillée, Saint Pierre ne commencera à renaître de ses cendres que vingt ans plus tard, et ce, non sans certaines réticences.

Quand Saint Pierre renaît des cendres de la Montagne Pelée

Si après 1902 quelques téméraires décidèrent de réinvestir la ville de Saint Pierre, en 1915, soit 13 années après la catastrophe, on ne comptait que 2 000 habitants. Petit à petit, mais non sans angoisse la ville tente péniblement de renaître de ses cendres. La route littorale ralliant Fort de France est achevée en 1916, Saint Pierre retrouve son statut de commune en 1923 et sa nouvelle mairie sera inaugurée en 1934, et ce, en dépit des nouveaux soubresauts du volcan en 1929.

Mais, même si, peu à peu la ville s'est relevée, réorganisée, plus jamais elle ne connaîtra son rayonnement et ses fastes d'antan.

Bien que reconstruite, Saint Pierre demeure à tout jamais une nécropole sous laquelle reposent des centaines de Pierrotains. Une ville engloutie sous les couches successives de cendres qui a tout de même trouvé le courage de refaire surface tant bien que mal. Si la ville actuelle porte encore, et à tout jamais les stigmates de cette tragédie avec de nombreux vestiges visibles un peu partout, elle s'affiche aujourd'hui comme un petit porta tranquille de 4 000 âmes et est labellisée Ville d'Art et d'Histoire depuis 1990.

Depuis le milieu du XX ème siècle, la ville s'est reconstruite tant bien que mal mais sans investissement des pouvoirs publics qui ont pourtant, alors, reçu des sommes considérables émanent de particuliers du monde entier pour aider à sa reconstruction. La ville s'est reconstruite sur des décombres, sur les ruines laissées par la catastrophe. La grande majorité des maisons de Saint Pierre sont appuyées sur de vieux pans de murs vestiges de l'éruption de 1902 ou sur les fondations de bâtiments anciens.

Pour entrer de plein pieds dans le XXI ème siècle la ville a décidé de tout miser sur son passé martyre. Le tourisme reste aujourd'hui une valeur pour la sous préfecture de Martinique. Elle qui a accueilli les premiers colons en 1635 accueille à présent des touristes du monde entier.

En attendant le classement de la Montagne Pelée au Patrimoine mondial de l'UNESCO, Saint Pierre a inaugurée un nouveau Mémorial de la catastrophe et réhabilité le Musée Franck A. Perret initialement crée en 1933.

La Montagne Pelée, un patrimoine naturel à découvrir

Candidate au prestigieux classement de l'UNESCO, la Montagne Pelée est un patrimoine exceptionnel. La richesse de la flore qui s'étire sur ses flancs n'en finit pas de séduire les amoureux de la nature. Les espèces endémiques (petits arbustes, petites fougères...) sont nombreuses et un classement mondial permettrait d’accroire leur protection.

Bien que relativement calme, la Montagne Pelée est avant tout un volcan qui a même donné son nom à type d'éruption volcanique : les éruptions péléennes (éruptions explosives).

Si Saint Pierre a depuis quelques années tout misé sur le tourisme autour de son histoire funeste et de la Pelée, d'autres villages comptent bien eux aussi faire découvrir le patrimoine exceptionnel des Pitons du Carbet autour du volcan.

Le Musée de Saint Pierre

C'est en 1933 que l'ingénieur et volcanologue amateur américain Franck Alvord Perret crée à Saint Pierre un musée de volcanologie. Si la catastrophe de 1902 y tient une large place, c'est bien la volcanologie qui tient la place principale dans ce musée unique aux Antilles.Rénové par deux fois, une première fois en 1969 puis en 1988, le musée qui porte son nom est labellisé Musée de france en 2004.

En 2018, dans le cadre d'une refonte complète, la dénomination Mémorial de la catastrophe de 1902 est ajoutée au nom de Franck A. Perret. Divisé en quatre départements, la structure octroie une large place aux fastes de la ville de Saint Pierre entre 1880 et 1902. Le cœur de ce mémorial répertorie les noms de 7 500 des 28 000 victimes de l'éruption meurtrière.

La richesse des « reliques » présentées renforce la notion de mémorial de ce musée.

La cathédrale Notre Dame de l'Assomption de Saint Pierre

Né dans le quartier du Mouillage, en bordure immédiate de la mer, c'est aussi ici que la première église de Saint Pierre a été édifiée en 1654. Détruite par les bombardements britanniques en 1667 elle est reconstruite une première fois en 1675.

Intégralement détruite par l'éruption de 1902, à l'exception de sa façade et du Maître autel en marbre blanc. Les travaux de reconstruction sont entamés dès 1923 pour se poursuivre jusqu'en 1929. Pierres de tailles récupérées dans les décombres de l'ancien édifice, roches volcaniques et briques constituent la nouvelle façade, tandis que l'ensemble de la structure est rebâti en béton armé (béton armé utilisé pour la toute première fois sur l'île).

Inscrite aux Monuments historiques, elle fait l'objet de nouveaux travaux de rénovation.

Incontournable lors de la découverte de Saint Pierre, il faut aussi savoir que notre de Pierrotains y péri le jour du cataclysme qui s'est produit à 8h00 du matin, pendant la messe.

Saint Pierre une ville tournée vers la vulcanologie

Au nord de Saint Pierre à l'habitation Périnelle, c'est un imposant monolithe brut parasismique qui fait face à la Pelée. Le Centre de Découverte des Sciences et de la Terre se veut un lieu pédagogique de vulgarisation de la culture scientifique, de prévention et de sensibilisation aux risques naturels majeurs. Expositions, documentations, films et conférences s'y succèdent autour de la sismologie à travers les âges et dans le monde. Bien entendu, une large place est faite là aussi à l'éruption du 8 mai 1902. Roches et fossiles de Martinique emplissent les vitrines de la galerie minéralogique aux côtés d'autres échantillons provenant des quatre coins de la planète.

Parmi les nombreuses photos qui jalonnent l'espace, une photo géante de l'île de 36m² donne une idée très précise de configuration de la Martinique volcanique.

La vie réorganisée au pied de la Montagne Pelée

Si comme on a pu le voir plus haut, la ville Saint Pierre s'est relevée tant bien que mal de l'éruption de la Montagne Pelée, d'autres villages, au pied du volcan veulent, pour leur part, anticiper d'éventuelles catastrophes à venir.

La menace volcanologique n'est pas le seul risque qu'encourent par exemple les habitants du Prêcheur. Face au réchauffement climatique et aux nombreux dérèglements qu'engendre ce dernier, la commune de 1 600 habitants est en train de s'engager vers un nouveau plan d'occupation des sols en tenant compte des mouvements naturels historiques, mais aussi de la montée des eaux de la mer et des ravines. Un nouvel écosystème est en passe de redessiner. La logique territoriale est en passe de s'organiser autour des infrastructures naturelles et paysagères et non plus le contraire.

Le village du Prêcheur est au cœur d'une zone particulièrement fertile et considérée comme le grenier de la Martinique.

La Montagne Pelée, lieu de randonnées

Surveillée de toutes parts, la Montagne Pelée, même si elle demeure un volcan actif, ne semble pas présenter de dangers particuliers. Si une activité volcanologique anormale se faisait poindre, c'est toute la zone qui serait évacuée de manière préventive, tous les martiniquais le savent bien.

Fascinante sous bien des aspects, la Grande Dame du Nord est le terrain de jeu favori de nombreux randonneurs venus du monde entier qui arpentent avec courage les sentiers sinueux qui s'enfoncent dans la végétation et bien souvent au milieu des nuages pour atteindre les 1397 m du sommet. Par temps clair, la vue offerte depuis le Chinois est époustouflante, mais rares sont jours bénis des dieux, le point culminant de la Martinique reste le plus souvent caché sous un brouillard dense et froid.

Trois chemins mènent au somment de la Pelée. Chacun choisira son sentier en fonction de ses aptitudes à la randonnée et de sa condition physique. Escalader les pans abrupts d'un volcan en activité est un exercice unique aussi excitant qu'éprouvant physiquement.

Ces trois sentiers bien dessinés et balisés se rejoignent tous prés du sommet. Ces randos peuvent être faites en solo ou dans le cadre de treks guidés, peut-être plus intéressants car commentés par des guides expérimentés.

Le sentier de l'Aileron

De tous les entiers qui mènent à la caldeira du volcan, celui dit de l'Aileron est sans doute le plus fréquenté car c'est le plus court. Balisé sentier n°23 par l'ONF il s'étire sur 4,7km accusant un dénivelé de 600 mètres. Il occupera le randonneur pour au moins quatre heures de marche aller-retour.

L'importante déclivité amène les marcheurs à passer de 820 mètres à 1107 mètres en moins d'un kilomètre.
Le départ de cette rando de l'Aileron se situe sur le RD 39 à 820 mètres d'altitude sur la commune de Morne Rouge à 13 kilomètres au Nord Est de Saint Pierre. L'ascension se fait presque uniquement sur des escaliers solidement encrés dans la montagne.

Le sentier de la Grande Savane

Partir à l'assaut de la Montagne Pelée par la Grande Savane se fait depuis le village du Prêcheur. Longue de 3 kilomètres cette randonnée présente un dénivelé de 473 mètres emmenant le marcheur depuis 677 mètres d'altitude à 1150 mètres. La ballade alterne entre une zone boisée dés le départ puis une végétation dense essentiellement constituée de fougères. Les points de vue, tant sur le sommet que vers Saint Pierre ou le Prêcheur font tout le charme de cette sortie nature.

Le Sentier de Morne Macouba

Se lancer à l'ascension de la Montagne Pelée par le Sentier de Morne Macouba revient à randonner sur la face nord du volcan. Depuis le quartier Desiles sur les hauteurs du village de Macouba ou bien via celui de Beauséjour à Grand'Rivière., la rando fait un peu plus de 9 kilomètres aller-retour. Avec un dénivelé de 990 mètres, il faut compter environ 5 heures de marche pour des randonneurs convenables.



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